Activité du volcan Turrialba entre les 04 & 08 janvier 2010. Traduction du rapport de l'OVSICORI-UNA (par Alino)

Activité en 2009

Durant la première décennie du 21è siècle le volcan Turrialba a subi une augmentation significative de son activité sismique et fumerollienne. Cette période a vu l'apparition de nombreuses fumerolles à l'intérieur du cratère ouest et sur ses flancs. Le continuel dégazage a expulsé dans l'atmosphère de grandes quantités de vapeur d'eau, de gaz magmatiques  (CO2, SO2, H2S, HCl, HF, etc.) et de particules de matériaux (soufre natif entre autre), affectant la flore et l'environnement en général aux environs du cratère, principalement sur le flanc O.S.O. et dans les zones soumises aux vents dominants.

Activité sismique

L'activité sismique du volcan Turrialba en 2009 a été caractérisée par l'occurrence quasi permanente de séismes de type LP (longue période) en relation avec la circulation et les exhalaisons de gaz, principalement de vapeur d'eau, au travers des conduits internes du volcan. Ce comportement a persisté jusqu'au début  2010, avec en moyenne 10 secousses LP par heure.

Le 05/01 à 10h57 HL s'est produite une puissante explosion phréatique provoquée par la brutale décompression de vapeur d'eau à haute température. Elle a été suivie par 3 explosions de moindre intensité dans un intervalle de 10 minutes. Ces explosions ont été suivies par un tremor volcanique de grande amplitude qui s'est maintenu durant 45 minutes. Le tremor est une vibration produite pat le mouvement des fluides dans le système de conduits (plomberie) du volcan; dans ce cas il est associé à l'expulsion de gaz et de cendre ou de particules fines entraînées par le gaz dans le processus d'éjection. Le tremor se maintient mais son amplitude décroît jusqu'à 15h20 lorsque surviennent plusieurs explosions mineures suivies d'un tremor quasi continu, quelques fois spasmodique. A 15h30 le 05/01, le tremor présente une faible amplitude, intercalé d'exhalaisons ou évènements LP jusqu'à 09h58 du 08/01. Ces évènements se produisent selon une fréquence de 15 à 20 évènements par heure. A partir de 09h58 le 08/01, le tremor disparaît des enregistrements sismiques et laisse place aux mêmes évènements LP que ceux présents avant l'éruption phréatique du 05/01.

Analyse des cendres expulsées par le volcan Turrialba et d'eau de pluie.

Des échantillons de cendres et d'eau de pluie ont été collectés le 06/01 dans les communautés de La Pastora, La Central, et de Santa Cruz de Turrialba uniquement pour la cendre. Les échantillons ont été analysés au laboratoire géochimique de l'OVSICORI-UNA afin de déterminer leur composition et pH. Les dissolutions aqueuses extraites des cendres collectées dans la zone de La Central ont un pH de 6.7 et ceux de La Pastora de 7.1, ce qui indique que les cendres émises lors de l'éruption phréatique des 05/01 et 06/01 sont quasiment neutres. Le fait que les cendres ne soient pas acides suggère que, jusqu'à présent, il n'y a pas de lave impliquée dans les éruptions de cendre ou pas d'apport extraordinaire de gaz magmatiques frais. Par ailleurs, l'effet de telles cendres neutres n'est pas corrosif pour la végétation et les infrastructures.  Les eaux de pluie sont relativement acides (pH de 3.02 à 4.2) étant donné leur interaction avec les gaz magmatiques acides émis dans l'environnement des cratères du Turrialba. Les résultats d'analyses d'eau de pluie de La Silvia et de La Central rentrent dans la gamme des valeurs mesurées de 2007 à 2010, ce qui suggère également qu'il n'y a pas eu d'augmentation substantielle du taux d'émission des gaz magmatiques frais jusqu'à présent. 

Interprétation de l'activité actuelle du volcan Turrialba

L'activité éruptive qui a débuté le 5 janvier 2010 représente un processus superficiel au sein du volcan, qui consiste en un réchauffement et une vaporisation rapide d'un volume d'eau souterraine suivie par une décompression violente au travers du système de fractures du Turrialba. L'émission de vapeur et de gaz au niveau des fumerolles à l'occasion de cette éruption s'est effectuée plus vigoureuse que celle observée dans les années précédentes. La source de chaleur provient de l'intrusion d'un corps magmatique en profondeur. Les paramètres analysés au Turrialba par l'OVSICORI-UNA depuis 1984 suggèrent que cette intrusion magmatique pourrait avoir débuté sa mise en place il y a plus de 10 ans et qu'elle progresse lentement vers la surface. L'absence de matériau magmatique juvénile dans les cendres récemment émises ainsi que leur pH (quasi neutre) indiquent que l'eau souterraine n'est pas entrée en contact avec l'intrusion magmatique en profondeur mais qu'elle s'est réchauffée principalement par conduction thermique au travers des roches formant le volcan. En résumé, jusqu'à présent, il n'y a aucune donnée significative qui indiquerait la présence de magma à des niveaux superficiels dans l'édifice volcanique. L'hypothèse d'une évolution à court terme (dans les prochains jours ou prochaines semaines) vers une éruption magmatique n'est par contre pas écartée, de même en ce qui concerne l'éventualité d'autres éruptions phréatiques.

OVSICORI-UNA


Vues aériennes réalisées dans la matinée du 09/01. Voir rapport OVSICORI UNA

Vues aériennes du cratère ouest du Turrialba. E. Duarte OVSICORI UNA.

09/01: un survol du volcan a été effectué dans la matinée du 09/01 et a permis d'observer très clairement la zone de l'éruption du 05/01 dernier. On y voit la nouvelle bouche éruptive allongée (< éruption phréatique; 65x20 m.) qui provient de l'union de deux bouches ~circulaire préexistantes. On y voit aussi la couleur bleuâtre de la colonne de gaz, probablement du gaz d'origine magmatique riche en SO2. La taille des matériaux éjectés est comprise entre le mètre et quelques cm et la direction d'expulsion est ~ S.O.. Rapport E. Duarte OVSICORI UNA.